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EURO 2008

Bilan

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LA FAILLITE D'UNE FIDELITE
Par Cédric ROUQUETTE

Raymond Domenech a voulu conduire la campagne de 2008 avec la même équipe ou presque qu'en 2006. Beaucoup de ses piliers étaient hors de forme. C'est cette fidélité sans faille qui a précipité l'échec des Bleus. La volonté de préparer 2010, brandie depuis, n'est qu'une stratégie de communication.
Lilian Thuram est l'un des symboles de cette équipe de France vieillissante. (L'Equipe)
 
Lilian Thuram est l'un des symboles de cette équipe de France vieillissante. (L'Equipe)

L'histoire ne dit pas si c'est Jean-François Copé qui a soufflé à Raymond Domenech le coup de «l'erreur de communication», auquel a eu recours le sélectionneur pour dédramatiser l'échec des Bleus au premier tour de l'Euro. Aperçu en tribunes à Zürich lors de France - Italie (0-2), le président du groupe UMP à l'Assemblée, comme la plupart de ses collègues, est un vieil habitué de ces discours servis en urgence quand l'opinion n'adhère pas, quand les résultats tardent, quand la politique échoue. Dès mardi soir, le vrai regret assumé par Domenech a été celui-là : ne pas avoir répété que l'Euro servait de tremplin pour la Coupe du monde 2010. Ne pas avoir insisté sur le fait qu'un échec était envisageable, voire couru d'avance, dans la perspective du moyen terme. Ne pas avoir assumé sa vision, avoir succombé à la championnite aiguë. «Erreur de communication.» De leur lieu de vacances, Mexès, Flamini, Sagna ou Ben Arfa doivent la sentir venir, la Coupe du monde 2010. Du banc de touche, Nasri, Diarra voire Benzema, le grand oublié de France - Pays-Bas (1-4), auront cherché à s'y préparer avec les moyens du bord. Pourquoi l'aurait-il dit, que 2010 était en filigrane, puisqu'il ne l'a pas fait ?

L'idée du sélectionneur était de vivre l'Euro 2008 comme une continuité de la Coupe du monde 2006. Elle était défendable sur le papier, mais elle s'est heurtée à des réalités sportives, physiques et médicales qu'il a négligées. Il faut croire Domenech lorsqu'il dit que son seul dogme est celui de l'efficacité. Sur les jeunes ou les vieux, il n'a pas d'a priori. En 2004, il pensait rebâtir avec du sang très neuf. En 2005, il avait accepté et accompagné le retour des anciens face à l'urgence de la situation. En 2006, c'est une équipe-type de plus de trente ans de moyenne d'âge qu'il a conduit en finale du Mondial. L'ère des ajustements permanents s'est arrêtée là : c'est cette même équipe-type, moins Barthez et Zidane, avec à leur place Coupet et Benzema (ou Anelka ou Govou), qui a hérité de la mission Euro 2008. C'est un choix qui a sa cohérence. La finale de Berlin avait révélé une équipe "non finie", redoutable par sa défense collective mais encore à la peine pour marquer des buts. La qualification, ensuite, avait mis en valeur le savoir-faire des grognards. Cette campagne, marquée par des pépins physiques chez les cadres, avait aussi permis au sélectionneur de rafraîchir les troupes tout en maintenant un bon niveau de performance. Toulalan, Nasri, L. Diarra, le revenant Anelka, Escudé, bientôt Benzema et Ben Arfa gagneraient un rôle dans des matches à enjeu. En 2007, le pari du moyen terme était tentant. Il était formulé avec éclat contre l'Autriche (1-0). Il donnait même l'impression de pouvoir être gagné.

En janvier, une réponse de Normand

Lorsqu'il avait accepté de nous rencontrer longuement dans son bureau de la FFF, en janvier, pour évoquer ses plans sur six mois, c'est une question que nous avions posée au sélectionneur. L'Euro, y va-t-on pour le gagner, ou pour préparer 2010 ? Le Catalan avait fait des réponses de Normand. «L'un n'est pas incompatible avec l'autre». Nous lui avions suggéré que si, en prenant l'exemple de l'Euro 1996. Aimé Jacquet avait surutilisé un Zidane hors de forme dans l'unique perspective de l'aguerrir. Une composition d'équipe délibérément rajeunie peut avoir un coût pour le match à venir, mais un sens à moyen terme, disions-nous. Domenech n'avait pas souscrit, ni vraiment répondu. Mais en son for intérieur, il avait tranché pour la logique de la performance. Celle de la perpétuation de «son» équipe de 2006. Contre l'Espagne (0-1) et l'Angleterre (1-0) en amical, tel était le programme : réviser ce fameux bloc qui avait fait déjouer tout le monde en Allemagne. La référence restait 2006, pas 2010.

Or dans cette équipe, il y avait des blessés de longue durée (Coupet, Sagnol, Vieira), des joueurs sous-utilisés en club (Thuram, Malouda, Anelka), d'autres loin de leur meilleur niveau (les mêmes plus Henry, Abidal, Gallas). Le choix du sélectionneur de s'accrocher à son noyau dur peut avoir ses raisons que la raison sportive ignore : des cadres de cette trempe savent maintenir la pression pour conserver du temps de jeu. La paix sociale, si fragile avec de telles personnalités, est à ce prix. Il a aussi quelque chose d'étonnant venant d'un homme qui avait osé faire la Coupe du monde avec une équipe inédite, un homme qui, deux ans après, sacrifierait deux fidèles, Landreau et Cissé, sur l'autel de la forme du moment. Sur l'essentiel, pourtant, le parti-pris n'a pas vacillé. L'équipe de France aura ainsi «préparé 2010» avec une équipe de 29 ans de moyenne d'âge contre la Roumanie (0-0), et beaucoup de titulaires pas à 100%. Un chèque en blanc ayant été tendu à Vieira, la France a même fait l'Euro avec vingt-deux joueurs valides. Ce choix fut un échec. Les sélectionneurs, comme les hommes politiques, n'utilisent pas ce vocable-là, qui est une violence supplémentaire faite à leur déception. Après l'orage, chacun met sur les mêmes réalités les mots qu'il veut. C'est juste un problème de communication.

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