LES ACROBATES DE L'OMBRE
Par Olivier PAQUEREAU

« Nous n'avons pas de retard technique »
Filles et garçons de la sélection française sont revenus d'Eindhoven avec une médaille de bronze lors des épreuves mondiales par équipes, il y a une semaine. En individuel hommes, Yves Tarin a même frôlé le podium, échouant finalement à la quatrième place. Le bilan du tumbling français est donc très positif. Mais cela n'a rien de surprenant. Depuis l'arrivée de la discipline dans l'Hexagone, le niveau a toujours été bon. Les titres mondiaux de Pascal Eouzan (1988 et 1990) et de Chrystel Robert (1990, 1992, 1994, 1996) sont également là pour étayer ce constat. «
En fait le tumbling n'est pas une vieille discipline, explique Didier Semolla, entraîneur national et ancien pratiquant.
Nous avons su prendre le train en marche. Donc nous n'avons pas de retard technique par rapport aux autres pays. » La Chine et la Russie sont les deux nations dominantes à l'heure actuelle.
Le mot tumbling provient des Etats-Unis d'un terme signifiant faire de l'acrobatie. Les amateurs y viennent d'ailleurs pour ce genre de sensations. «
J'ai fait douze ans de gymnastique tout d'abord, explique Nicolas Fournials, l'un des meilleurs spécialistes français.
Mes préférences allaient au sol et au saut. L'acrobatie et la vitesse qu'on retrouvaient au tumbling m'ont amené vers ce sport.» Et c'est exactement ce dont il est question : enchaîner sur une piste longue de 25 mètres une série de huit sauts, saltos ou vrilles, en s'aidant des mains et des pieds. Cinq juges apprécient la qualité d'exécution du mouvement tandis que deux autres déterminent le degré de difficulté. Les dix meilleurs tumblers se qualifient pour la finale. Au tumbling, il existe des Championnats du monde et d'Europe, tous les deux ans en alternance, et une Coupe du monde. A cela s'ajoutent les Jeux Mondiaux tous les quatre ans. L'édition 2005 a eu lieu à Duisbourg.
« Je ne fais pas ce sport pour la reconnaissance »
Depuis 1999, le tumbling a été rattaché à la Fédération française de gymnastique avec le trampoline, à la demande du CNOSF. Lorsque le trampoline a été accepté aux Jeux, l'instance dirigeante a demandé à ce qu'il soit relié à une autre fédération olympique. Le tumbling a naturellement suivi. On compte aujourd'hui une quarantaine de clubs dans notre pays pour environ huit cents pratiquants. Les meilleurs tumblers français bénéficient du statut de sportif de haut niveau et d'un centre national d'entraînement basé à Rennes. Ils s'y entraînent vingt à vingt-cinq heures par semaine. Pour subvenir à leurs besoins ainsi qu'à l'encadrement et aux frais de déplacement, le Ministère de la Jeunesse et des Sports verse une indemnité annuelle d'un peu moins de 230 000 euros. «
Le financement fait suite à un contrat défini par la Direction technique national sur les objectifs à atteindre, explique Didier Semmola.
Par rapport à cela, le Ministère accorde la subvention demandée ou la diminue s'il estime cela nécessaire. Pour l'instant, cela n'est jamais arrivé.» Pour gonfler davantage ses revenus, Nicolas Fournials avoue effectuer également quelques démonstrations dans des services de sport ou des comités de gymnastique.
Encadrés et performants, les tumblers français baignent sereinement dans leur petit univers. «
Il y a une bonne ambiance et beaucoup moins de stress qu'en gymnastique», constate Emeline Millory, championne de France en 2004. Leur sport n'a aucune retombée médiatique - «
Un peu en local à Rennes», reconnaît Didier Semmola - mais cela ne semble pas les déranger. «
On vit avec, déclare Nicolas Fournials.
C'est vrai que c'est un peu dommage d'expliquer ce qu'est le tumbling, vu qu'à chaque fois on nous demande ce que c'est. Mais je ne fais pas ce sport pour la reconnaissance. Sinon, j'aurai arrêté depuis bien longtemps !». Même son de cloche pour Emeline Millory : «
C'est mieux comme ça. Je le fais pour moi.» Les souvenirs de leurs exploits, les Français les vivent donc dans leurs têtes seulement, pas à la télévision. «
Notre médaille de bronze à Eindhoven restera comme une performance marquante pour moi, confesse Nicolas Fournials.
Je revenais tout juste d'une blessure et toute l'équipe s'était constituée au même moment sur Rennes. Une belle aventure.» L'avenir peut apporter d'autres satisfactions, en tout cas des challenges. La ville de Metz va en effet accueillir les prochains Championnats d'Europe en mai 2006. Il y aura peut-être autre chose à prendre, en plus de médailles potentielles.














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