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LE CIEL COMME TERRAIN DE JEU
Par Olivier PAQUEREAU

Quoi de plus beau qu'un paysage qui regorge de montgolfières de toutes les couleurs ? Mais, au-delà de l'esthétisme et de la spiritualité du vol, la discipline est aussi sportive et mercantile. Tour d'horizon.
 
Des couleurs plein le ciel (F.F.A.)

Montgolfières et charlières

« Voler, le rêve de l'homme». C'est ainsi que François Messines justifie sa passion des montgolfières. Champion de France de la discipline en 2004, le personnage est un pilote chevronné. Cela fait vingt-et-un ans qu'il pratique. Dans l'Hexagone, la Fédération française d'aérostation regroupe quelques 800 adhérents et environ 1 000 pilotes licenciés qui sont répartis dans 110 clubs. « Le terme aérostation concerne tout ce qui est plus léger que l'air et qui se déplace dans l'air, explique Jacques Maurice, qui était encore président de la FFA jusqu'aux dernières semaines de mars et qui organisera le Championnat de France 2005 au mois d'août prochain. On retrouve ainsi les montgolfières, qui sont des ballons à air chaud, et les charlières, qui sont des ballons à gaz.» L'un comme l'autre portent le nom de leur créateur ( voir ci-contre). A l'heure actuelle, en France, on recense près de 800 montgolfières en état de voler contre une quinzaine de charlières.

Pour passer, sa licence de pilote, il faut être âgé de dix-sept ans minimum. Inversement, il n'y a aucune limite d'âge. « Tant que le certificat médical le stipule, on peut continuer», constate Jacques Maurice. Pour obtenir le droit de voler, chaque élève doit suivre une formation avec un instructeur. Il doit avoir effectué au moins douze heures de vol, dont deux en solitaire avec une ascension obligatoire à 1 000 mètres. A cela s'ajoute un examen théorique sur la réglementation aérienne et la météorologie.

Epreuves de précision et d'adresse

Au-delà de l'aspect ludique et esthétique, la pratique de la montgolfière donne lieu à de nombreuses compétitions, régionales, nationales et internationales. Il existe une dizaine de Championnats locaux, aux quatre coins de la France. La trente-et-unième édition des Championnats nationaux aura lieu au mois d'août prochain à Besançon. Enfin, les meilleurs compétiteurs français peuvent exercer leur talent lors des Mondiaux, chaque année paire, ou des Européens, tous les ans impairs.

Mais quidd'une épreuve de montgolfière ? Que faut-il y faire exactement ? « C'est à la fois simple et compliqué», sourit Jacques Maurice. Chaque concours est géré par un directeur de vol. Celui-ci définit une aire de compétition, dans laquelle est délimitée une zone précise. Il est ensuite demandé à chaque montgolfière de s'y maintenir. A l'aide d'un GPS, la durée de stationnement sera comptabilisée. Des épreuves d'adresse sont également organisées. Une cible est déterminée au sol. Aux occupants de la montgolfière de viser juste en lançant des sacs lestés. Lors d'une compétition, les ballons devront être au minimum à 150 mètres d'altitude en rase campagne ou à 300 mètres en agglomération. Concernant les charlières, il existe également des compétitions internationales, dont la Gordon Bennett Cup, qui est organisée chaque année et qui impose aux ballons une certaine distance à parcourir.

Un ballon tout compris : 40 000 euros

L'aérostation en France n'est pas seulement un loisir, c'est également une activité qui génère des emplois. Deux sociétés de construction se trouvent dans notre pays, l'une à Metz, l'autre à Annonay, berceau des frères Montgolfier, les créateurs de l'engin au XVIIIe siècle. Et cette dernière entreprise est dirigée par... Guillaume de Montgolfier, petit neveu des deux frères ( voir ci-contre) ! Le coût d'un appareil est d'environ 40 000 euros, dont la moitié pour la construction de la seule enveloppe - traduisez le ballon. Une enveloppe peut voler pendant près de quatre cents heures. En revanche, ce qui est considéré comme le bas de ballon - la nacelle, le brûleur et les bouteilles - a une durée de vie beaucoup plus grande.

Mais, aujourd'hui, qui achète ? « Des partenaires qui veulent voir le logo de leur société dans le ciel, répond Jacques Maurice. Avec une dimension de trente mètres sur trente, cela peut se voir à un kilomètre.» « Un ballon fonctionne avec le propane, c'est-à-dire avec l'énergie que nous vendons, explique Maryline Boisset, responsable sponsoring à Primagaz. Pour nous, il y a une culture historique dans ce genre d'action.» « Ce sont toujours plus ou moins les mêmes partenaires que nous retrouvons, glisse, de son côté, François Messines. Du coup, on ne se pose pas trop la question de savoir qui va nous sponsoriser.» Reste que tout n'est pas toujours pris en charge, en matière de frais de voyage ou d'hébergement notamment. « Mais il faut faire avec, reconnaît Messines. Si on veut pratiquer, on n'a pas le choix.» Dans un même registre, les compétiteurs ne touchent jamais la moindre rémunération. « Selon l'endroit où nous concourons, les commerçants offrent parfois quelque chose, mais cela reste anecdotique, poursuit le champion de France en titre. La gloire, cela suffit. J'ai appris à vivre avec et ce n'est pas plus mal.»

«L'un des plus beaux balcons du monde»

Mais la passion et les sensations restent les plus fortes. « La vitesse d'une montgolfière est raisonnable, raconte François Messines. Quand nous volons, tout est calme. On n'est pas chahuté comme dans un avion. C'est l'un des plus beaux balcons du monde.» Quelques frayeurs par moment ? « Toujours un petit peu. Mais c'est comme en voiture. Cela fait partie du contexte. On l'accepte, consciemment et inconsciemment. En tant que compétiteur, on repousse la peur, car la prise de risques est nécessaire. C'est toujours très formateur.»

L'aérostation est un sport à risque. Mais les pratiquants ne sont pas reconnus comme des sportifs de haut niveau. Jacques Maurice reconnaît avoir tenté une démarche dans ce sens, mais sans réussite. Ce sera un dossier à travailler pour une discipline, qui, d'un oeil extérieur, n'est considérée que comme une curiosité.

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