LES ACTIONS SONT À LA HAUSSE
Par Olivier PAQUEREAU

2006 pour préparer 2010
Nicolas Michaud est le directeur de l'équipe de France de saut à skis et de combiné nordique. Quand il évoque le saut (
voir article sur L'Equipe.fr du mois de décembre 2005), il n'a pas tellement le moral. En revanche, parler du combiné le rend beaucoup plus enthousiaste. «
Nous avons une belle équipe de France», a-t-il ainsi confié à quelques semaines de l'ouverture des Jeux Olympiques de Turin. Et surtout un jeune athlète qui progresse à grands pas : Jason Lamy-Chappuis, 19 ans, grand espoir de la discipline et auteur de deux podiums en Coupe du monde cette saison (troisième à Ramsau et à Harrachov). De plus, ce Français né aux Etats-Unis de père français et de mère américaine, puis installé dans le Jura à l'âge de quatre ans, a toujours réussi à figurer dans les quinze premiers dans les épreuves qu'il a disputées jusqu'à présent
(*). Le garçon est un diamant pour le combiné français et les dirigeants entendent ne pas brûler les étapes. «
Il y a plusieurs jeunes dans la sélection française actuelle, explique Nicolas Michaud.
Jason et les autres vont d'abord à Turin pour se montrer et acquérir du métier en vue de Vancouver en 2010. En ce moment, il saute très bien et arrive ensuite à se maintenir dans les quinze premiers en ski de fond. S'il va vraiment bien, il peut approcher un podium. Mais, à Turin, il devra d'abord maintenir son niveau.» Et Michaud se veut aussi protecteur : «
Jason est jeune. La presse commence à parler de lui et on sait que ce sera un jour un grand leader dans notre discipline, mais on veut aussi éviter qu'il ait déjà trop de pression.» De son côté, Jason Lamy-Chappuis va participer à ses premiers Jeux en Italie et entend savourer cet événement. «
Mon objectif est de vivre à fond ces deux semaines, dit-il.
On n'a pas la chance de vivre ça tout le temps. Je vais là -bas pour apprendre. Si je commets des erreurs, tant pis. Mais je veux donner le meilleur de moi-même. Sur une course d'un jour, tout est possible. Ceci dit, je serai plus mature en 2010 pour espérer une médaille.» Ses premiers podiums l'ont déjà comblé. «
Cela a fait parler de ma discipline, poursuit-il.
Il y a eu une demi-page dans L'Equipe après l'épreuve de Ramsau. En obtenant ce podium, j'ai réalisé un rêve de gosse. J'espère que cela va continuer dans le même sens.»
Deux générations en équipe de France
Outre Jason Lamy-Chappuis, la France compte également d'autres jeunes compétiteurs en son sein. «
Des juniors d'une grande valeur d'avenir», selon Nicolas Michaud. Il y a François Braud, Maxime Laheurte, Maxime Boillot ou encore Sébastien Lacroix. Ils ont décroché de nombreux podiums dans les compétitions internationales de leur catégorie avant de débarquer sur le circuit senior. «
On ne pensait pas que tout le monde serait là cet hiver, constate le dirigeant français.
C'est très positif.» A leurs côtés, on retrouve quelques anciens, notamment Nicolas Bal et Ludovic Roux, qui avaient obtenu une médaille de bronze par équipes aux Jeux Olympiques de Nagano en 1998. «
Le fait d'avoir deux générations en sélection est quelquefois difficile, tempère Michaud.
Les plus âgés se font maintenant devancer par les jeunes et ont du mal à réagir. Il faut arriver à faire un mixage des deux. Pour être fort aux Jeux, il faudrait présenter une équipe équilibrée.» Dans la liste validée le 24 janvier par la Commission nationale du sport de haut niveau pour Turin 2006, Lamy-Chappuis, Bal, Braud et Roux ont été retenus, alors que Laheurte sera remplaçant. D'ailleurs, que vaudra la sélection française engagée dans l'épreuve par équipes ? «
Sur le papier, nous ne sommes pas médaillables, détaille Nicolas Michaud.
Certes, nous figurons parmi les six premières nations mondiales. Mais la Norvège, l'Allemagne et la Finlande sont très forts. Notre objectif sera d'être à la bagarre pour une médaille. La philosophie de la course de fond fera la différence.»
Fabrice Guy, la référence
Le combiné nordique a été révélé en France en 1992 par l'intermédiaire d'un homme, Fabrice Guy, champion olympique en individuel à Albertville et vainqueur de la Coupe du monde cette année-là . L'Hexagone a alors entendu parler de cette épreuve, au programme des Jeux depuis 1924, qui réunit un concours de saut à skis et une course de ski de fond, le résultat du premier déterminant l'ordre de départ du second. A Albertville, la France a même fait coup double grâce à la médaille d'argent de Sylvain Guillaume. Six ans plus tard à Nagano, l'équipe nationale a pris une inattendue médaille de bronze avec - encore - Guy et Guillaume, mais aussi Bal et Roux. Actuellement, le combiné nordique en France, c'est quatre cents à cinq cents licenciés et une discipline qui se structure encore petit à petit. «
Quand je suis arrivé à la tête de l'équipe de France, il n'y avait qu'un entraîneur qui faisait un peu de tout : technicien, kiné, médecin, raconte Nicolas Michaud.
Nous étions en retard sur la glisse. Maintenant nous avons des préparateurs, des testeurs. Fabrice Guy nous aide pour le fartage. Il nous apporte beaucoup là -dessus.» Même son de cloche du côté de Jason Lamy-Chappuis, qui apprécie la présence du champion olympique : «
il est à l'écoute et a déjà eu l'occasion de me donner quelques conseils. Par exemple, j'avais du mal à aborder les compétitions. Fabrice m'a expliqué qu'il fallait que je me concentre d'abord sur les exercices techniques au lieu de penser au résultat. Celui-ci viendra alors de lui-même.» Le combiné français a aussi son centre d'entraînement à Prémanon, dans le Jura. Jason Lamy-Chappuis y poursuit des études de mathématiques. Et caresse également un autre rêve : celui de devenir pilote de ligne. «
Mais j'espère une carrière sportive assez longue. Le sport passe en premier pour l'instant.» Avec Turin et sans doute Vancouver, la route est effectivement tracée pour quelques années.
(*) Article rédigé le mercredi 25 janvier 2006.














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